Parution le 17 juillet aux Éditions MVO
Quel rapport y a-t-il entre l’auteur des Misérables et les dirigeables ? Jules Vernes, peut-être, mais Victor Hugo… L’auteur aurait-il eu l’impudence d’embarquer dans un aérostat le vénérable vieillard à la barbe blanche, représenté pour la postérité assis sur un fauteuil, vêtu d’un costume sombre un peu fripé et la tête appuyée sur sa main gauche, l’autre main engagée dans son gilet ? Il nous regarde d’un air sévère et, sans doute, n’aurait guère apprécié la proposition.
Uchronie
Mais, après tout, pourquoi pas, puisque Victor Hugo et le dirigeable est une uchronie. L’Académie française définit l’uchronie comme une « œuvre dans laquelle certains faits du passé sont volontairement modifiés, de façon à pouvoir envisager l’histoire non pas telle qu’elle a été, mais telle qu’elle aurait pu être, le plus souvent dans un but philosophique, politique ou moral ». La dernière proposition est bien dans l’esprit de l’Académie, on peut très bien, et de nombreux auteurs ne s’en sont pas privés, le faire dans un but ludique.
De ce fait, le genre n’a pas bonne presse, on le classe du côté de la SF, voire de la fantasy. Il y a des exceptions : en 2019, Civilizations, de Laurent Binet, a reçu le Grand Prix de l’Académie française. Projet ambitieux, roman passionnant, qui raconte comment, après que Christophe Colomb a été fait prisonnier sur l’île d’Hispaniola, l’Inca Atahualpa part à la conquête de l’Europe et débarque à Lisbonne, que vient de ravager un séisme, où il impose le culte du Soleil à la place du christianisme.
La bataille de Beaune-la Rolande
Alors, Victor Hugo et le dirigeable, simple amusement ou ouvrage philosophico-politico-moral ? À vous de juger. Le point de bascule du roman, c’est la bataille de Beaune-la Rolande, qui a ruiné les espoirs du gouvernement de Défense nationale – qui a succédé à l’Empire déchu – de desserrer l’étau maintenu par les Prussiens autour de Paris. Hourra, direz-vous, la France a gagné la guerre ! Pas si simple. La défaite a enfanté de la IIIe République, et la IIIe République, c’est la liberté de la presse, la liberté syndicale, la liberté d’association et l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants, garçons et filles âgés de six à douze ans. (Pas que ça, me direz-vous, il y a aussi des choses beaucoup moins reluisantes, mais quand même…) Pas de défaite, pas de IIIe République ?
Imaginons…
Supposons donc que la victoire de Beaune-la-Rolande ait battu les cartes de manière tout à fait différente… Imaginons une France dans laquelle la quasi-totalité de la presse serait entre les mains d’un seul homme, l’édition étroitement surveillée, de nombreux livres bannis des bibliothèques, les syndicats interdits et l’école payante…
Dit comme ça, ce n’est pas très engageant. Encore un livre plombant… Mouais, je m’y prends très mal pour vous inciter à lire mon bouquin. Reprenons tout à zéro. Victor Hugo et le dirigeable, c’est l’histoire d’un jeune homme un peu timide, Aurélien, qui a dix-neuf ans alors que l’Exposition universelle du centenaire vient d’ouvrir ses portes et qui fait la rencontre d’une jeune femme, Nadia, qui lance des tracts depuis la coursive qui surplombe l’intérieur du dôme du Palais de l’Industrie. Une rencontre qui va changer sa vie et l’entraîner bien plus loin, au propre et au figuré, qu’il ne l’imaginait. Bon, c’est déjà plus réjouissant, non ?
Et Victor Hugo, dans tout ça ? Et les dirigeables ? Pour les dirigeables, c’est simple, la destinée d’Aurélien est quelque peu mouvementée, mais les dirigeables vont occuper une place très importante dans sa vie. Quant à Victor Hugo… à vous de le découvrir. Je vous donne un indice, il fait partie des écrivains bannis par le régime, mais ses œuvres circulent sous le manteau.
Ni heaume ni épée…
J’ai écrit Victor Hugo et le dirigeable de la même manière que mes romans historiques. Un roman historique, pour moi, n’est pas une page d’histoire romancée, faisant intervenir des personnages fictifs, mais impliqués directement, aux côtés de personnages réels, au cours des événements. Ce qui m’intéresse, c’est de confronter des personnages tout à fait ordinaires aux conditions extraordinaires (ou pas) de l’époque concernée. Des personnages auxquels tout un chacun peut s’identifier, et ce d’autant plus aisément que l’action de la plupart de mes romans se déroule entre 1850 et 1930. Une période suffisamment éloignée pour qu’on puisse la qualifier d’historique et suffisamment proche pour ne pas paraître exotique.
Car mes héros ne portent ni heaume ni épée, ils ne pratiquent pas la chasse et la cueillette pour survivre et ne se rendent pas au Colisée pour assister aux jeux du cirque ; il y a parmi eux des ouvriers, des couturières, des étudiants, des journalistes ou des bourgeois et le Paris dans lequel ils évoluent est celui de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, qui porte en lui les germes de celui que nous connaissons aujourd’hui. S’ils participent à de grands événements, ils n’en sont que des figurants, tout comme Fabrice del Dongo à Waterloo… ou Jules Boisrenard aux journées insurrectionnelles de février 1848, dans Le Chaudron des Illusions. Et si le lecteur se dit : qu’aurais-je fait à la place du personnage principal, à la place de Pierre dans Belle Époque, la fin de l’insouciance, de Louise, dans Folles Années, banalité de la haine, de Joseph, dans La Taverne du bagne ou d’Anne-Amélie dans La Poulette et le Boulanger, si je parviens, d’une certaine manière, à faire du lecteur un protagoniste par procuration de l’histoire, j’aurais atteint mon objectif, puisque c’est, au fond, ma motivation pour écrire ce genre de roman.
Roman historique ?
On l’aura compris, l’Histoire (avec un grand H) est, pour moi, un cadre et pas simplement un décor. Je n’ai pas le goût d’écrire des romans « en costume ». Mais l’histoire ne doit prendre le pas sur l’intrigue « qu’en cas de force majeure ». Le roman doit pouvoir se lire « au premier degré » et j’ai appliqué ce principe à la rédaction de Victor Hugo et le dirigeable.
Et donc, au premier degré, ce roman, comme je l’ai dit, c’est celui d’Aurélien, un garçon sympathique et un peu naïf, mais animé d’une furieuse envie de vivre et d’aimer, dans une France soumise à un régime autoritaire, que l’on qualifierait aujourd’hui d’illibéral. N’y voyez aucun anachronisme, notre pays a été régulièrement tenté par une telle dérive, de Boulanger à Pétain en passant par la tentative de coup d’État de Déroulède en 1899. D’Aurélien, mais aussi de Nadia, la militante socialiste, et surtout d’Alice, la chanteuse de cabaret, qui, toutes deux, jouent un rôle déterminant dans l’intrigue.
On peut d’ailleurs en rester là, au premier degré : j’ai tâché de mettre dans ce roman tous les ingrédients (aventure, amour, suspense) pour le rendre aussi captivant que possible. Aurélien vous emmènera en Nouvelle-Calédonie, à Madrid, danser dans un carrousel-salon, assister à la visite du roi Alphonse XIII à Paris, traverser la Manche en dirigeable… et vous vivrez avec lui la difficile éducation sentimentale d’un jeune homme timide confronté au grand mystère de l’amouuur.
Du rôle de la fiction dans la formation de notre conscience de citoyen
Au deuxième degré – si ça vous chante –, on rejoint les considérations philosophiques, politiques ou morales énoncées par l’Académie. Ce roman pose la question de la place du livre dans une société libre et démocratique et du rôle de tout un chacun pour préserver cette liberté. Vaste sujet, me direz-vous. Pourquoi, dans ce cas, se focaliser sur la place du livre en général et de la fiction en particulier ? Comme je l’ai écrit dans un autre billet, le livre est un symbole de notre civilisation humaniste. Le roman est porteur d’ouverture, il nous apprend la nuance, il rend lisible/visible la complexité, il incite à la réflexion…
Les régimes autoritaires ont toujours cherché à exercer un contrôle très strict sur ce qui était publié. Certains états ultraconservateurs américains n’ont-ils pas expurgé les bibliothèques de livres jugés séditieux (Orwell, Margaret Atwood…) ? L’Algérie n’a-t-elle pas jeté en prison un écrivain, Boualem Sansal, pour la seule raison qu’il évoquait dans ses livres des sujets insupportables au régime ? Pouvons-nous être certains, en France, d’être à l’abri de toute forme de censure ? La concentration des grandes maisons d’édition entre les mains de quelques-uns, sous couvert de rationalité économique, ne peut que nous inquiéter.
Allez, je ne veux pas gâcher l’ambiance. Pas question de faire « résonner à chaque page les gros sabots de l’auteur-moraliste ». Ce roman est avant tout une fiction, surtout pas un pamphlet ni un traité de sciences politiques. Place au bonheur de lire !
En vente dans les librairies ou sur Internet
Victor Hugo et le dirigeable est publié par MVO Éditions dans sa collection Livres blancs (merci à eux de me soutenir). Il sera en vente dans toutes les librairies (le plus souvent sur commande), sur les plateformes de vente en ligne (avec un petit retard par rapport à la parution en librairie, dû au délai de référencement par lesdites plateformes) et sur le site de l’éditeur (https://mvoeditions.com).



