En 1867, les grands travaux menés par le Baron Haussmann ne sont pas terminés, mais la physionomie de la capitale est transformée. Ce n’est plus une ville aux rues étroites et insalubres, c’est une ville moderne, peut-être la plus moderne d’Europe. Au travers de l’Exposition universelle de 1867, l’empereur Napoléon III veut montrer au monde entier la puissance retrouvée de la France et sa modernité.
L’exposition se tient sur le champ de Mars et sur l’île de Billancourt (exposition agricole). La préparation du terrain nécessite des travaux de terrassement. La colline du Trocadéro est remodelée et la terre retirée sert à aplanir le champ de Mars.
Voici ce qu’en dit Charles Brigouleix, reporter au Petit Journal (voir Belle Époque, Expositions universelles) :
« Vous êtes impatient. Voilà bientôt quatre ans que vous l’attendez, cette Exposition universelle. Quatre ans que les travaux ont commencé sur le Champ-de-Mars. Vous n’en pouvez plus d’attendre… Alors, fermez les yeux, je vous emmène… Vous êtes sur le quai, dans la file d’attente. Vous êtes venu par la toute nouvelle gare du Champ-de-Mars. Ou bien par la ligne des bateaux omnibus construits tout exprès pour l’Exposition par les chantiers navals de La Mouche à Lyon. Il fait un peu frais, mais le soleil perce au travers des nuages. La foule autour de vous est bon enfant. Parisiens, provinciaux, mais aussi étrangers de toutes nationalités. Arrivé au guichet, un vétéran de la guerre de Crimée vous vend un billet d’entrée. Vous franchissez la grille et vous y êtes !
Prenez le temps d’admirer le bâtiment de l’Exposition. Éloignez-vous de l’allée couverte qui mène à l’entrée principale et faites quelques pas dans le parc conçu par Monsieur Alphand. Vous allez découvrir le plus grand édifice que vous ayez jamais vu. Et le plus moderne ! Le Palais Omnibus. Une cathédrale de fonte et de verre, imaginée par l’architecte Léopold Hardy et réalisée par l’ingénieur Jean-Baptiste Krantz avec l’aide de Monsieur Eiffel, un génie des constructions métalliques dont vous entendrez sûrement parler à l’avenir.
Ce que vous découvrez au premier abord, c’est un édifice circulaire aux dimensions hors norme. Trois cent quatre-vingts mètres de diamètre, vingt-huit mètres de hauteur. L’élégante courbure de la façade est scandée par une série de pilastres en pierres de facture très sobre. L’espace entre ces pilastres est partagé en deux niveaux, séparés par une marquise qui court tout autour du bâtiment pour former un promenoir abrité des intempéries. Le niveau inférieur est occupé par des restaurants, des cafés ou d’autres commodités. Le niveau supérieur, celui qui donne toute sa majesté au bâtiment, est remarquable par son alternance de grandes ouvertures vitrées en plein cintre comme on en voit dans nos plus audacieuses cathédrales. Une seule, immense, au-dessus des principales portes d’entrée, ou bien trois juxtaposées sur le reste du bâtiment.
S’il vous prend l’envie de faire le tour de l’édifice sous l’auvent vitré de la marquise, comptez une bonne demi-heure. La circonférence fait mille quatre cent treize mètres ! Vous découvrirez d’ailleurs à cette occasion qu’il n’est pas circulaire, mais oblong, et mesure quatre cent quatre-vingt-quinze mètres de long. Prenez le temps au passage de vous asseoir à la terrasse de l’un des établissements qui donnent sur le promenoir. Pour notre part, nous avons choisi le café viennois pour son chocolat délicieusement épicé et ses viennoiseries. »
Aménagement intérieur
« L’intérieur n’est pas moins étonnant. Sept galeries concentriques dont chacune est consacrée à un art différent. Au centre, un patio, de forme oblongue également, occupé par un jardin au centre duquel se trouve un petit pavillon où sont entreposés les étalons des poids et mesures utilisés un peu partout dans le monde.
Tout le génie et tout le savoir-faire de Jean-Baptiste Krantz et de Gustave Eiffel s’expriment dans ce palais. Tout y est prévu pour le confort des visiteurs et les commodités des exposants, toutes nations confondues. Des kilomètres de galeries en sous-sol, de conduits, de tuyaux permettent de renouveler l’air à l’intérieur, de distribuer l’eau courante et le gaz. Le tout en toute sécurité !
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La surface intérieure du Palais Omnibus est répartie entre les quarante et un pays participant à cette Exposition. Chaque pays dispose d’une tranche ou d’un secteur angulaire qui lui permet d’exposer ses réalisations dans chacune des sept galeries. La France occupe, comme il se doit, la plus grande surface, avec une place réservée pour nos colonies. »
Les produits et machines exposés dans ce palais sont de toute nature : « machine à laver, procédé pour faire de la glace, impression de cartes de visite en quelques minutes, scaphandre, locomotive, grues, tapisserie, dentelle, bonneterie, impression de photographie sur porcelaine… et puis ce procédé inventé par M. Deville pour produire de l’aluminium, ce matériau de l’avenir, à partir du minerai extrait aux Baux de Provence. » Parmi les produits présentés par les pays étrangers, les plus remarqués sont « un ascenseur pourvu d’un frein de sécurité présenté par une société américaine, la Otis Elevator Company […] ou le nouveau canon présenté par le conglomérat allemand Krupp, en acier, qui se charge par la culasse. »
Parc de l’Exposition
L’exposition de 1867 innove par rapport aux précédentes. Le palais est en effet entouré par un parc dont l’aménagement a été confié à Adolphe Alphand, auquel nous devons également le dessin des grands parcs parisiens (Monceau, Buttes-Chaumont…). Il abrite des pavillons de toute sorte, répartis dans un désordre apparent : habitats typiques de différents pays, édifice en forme d’église destiné à présenter des objets d’art religieux, ateliers présentant les outils de différentes industries, château d’eau, reproduction de la machine de Marly, glacière réfrigérée, métairie, petit étang avec un kiosque au centre, reproduction d’un temple égyptien et d’une mosquée…
La desserte de l’exposition fait aussi l’objet de nouveautés : création d’une nouvelle gare, mise en place de lignes fluviales utilisant des bateaux fabriqués par l’usine de La Mouche près de Lyon… Les fameux bateaux-mouches !
L’exposition est un grand succès : 50000 exposants, dix millions de visiteurs, parmi lesquels de nombreuses têtes couronnées (le tsar Alexandre II, le roi Léopold II, Louis II de Bavière, Guillaume premier de Prusse…). De nombreuses fêtes sont organisées. Paris est le centre du monde, l’Empire est à son apogée. Trois ans plus tard, il s’effondrera en quelques jours…
C’est sur le site du Champ de Mars que débute le roman Belle Époque, Expositions universelles et que le journaliste Charles Brigouleix fait la connaissance de Louis Panetier, le jeune apprenti.



