Le général Boulanger

Le roman La Poulette et le Boulanger se déroule en pleine crise boulangiste, une crise qui a bien failli emporter la République ! Gautier de Saint-Chauvet, la victime (il y a toujours une victime dans un polar) avait des sympathies pour le général Boulanger. Un petit retour sur la vie dudit général…

Georges Ernest Jean-Marie Boulanger est né le 29 avril 1837 à la Caliorne, près de Rennes. Son père est avoué et fait partie de la bourgeoisie locale, sa mère est d’origine galloise et revendique une ascendance aristocratique. Au lycée de Nantes, il fait la connaissance de Georges Clémenceau, puis il intègre Saint-Cyr, dont il sort sous-lieutenant en 1856, entamant alors une brillante carrière militaire.

Une brillante carrière militaire

Il sert en Kabylie, participe à la campagne d’Italie, où il reçoit la Légion d’honneur, puis combat en Cochinchine. Promu capitaine en 1862, il participe à la guerre de 1870 avec le grade de lieutenant-colonel. Blessé lors de la bataille de Champigny, il est promu colonel au début de l’année 1871 et il participe à la répression de la Commune de Paris. Blessé une nouvelle fois, il est fait commandeur de la Légion d’honneur.

La France rentre alors dans une période de paix (hormis dans les colonies) peu propice à un avancement rapide pour qui n’a pas de soutien politique. Boulanger a de l’ambition et il fait feu de bois. Il compte tout d’abord sur le duc d’Aumale, son supérieur hiérarchique, et ce, jusqu’à la victoire des républicains aux élections de 1875. Il se rapproche ensuite de Gambetta, qu’il assure de son soutien indéfectible à la République. En 1880 il obtient gain de cause : il est promu général de brigade alors qu’il n’a que 43 ans !

… suivie d’une fulgurante carrière politique

En 1882, il est nommé directeur de l’infanterie par le ministre de la Guerre, le général Billot, un poste qu’il doit aux multiples relations qu’il a su cultiver. Son ambition est désormais de devenir ministre et c’est chose faite en janvier 1886 : Charles de Freycinet, le président du Conseil, le nomme ministre de la Guerre. Il est alors « marqué à gauche », proche de Clémenceau et des radicaux, mais il soigne son positionnement sur l’échiquier politique, se rapprochant des francs-maçons et se faisant le porte-parole des patriotes intransigeants.

Il se révèle un bon ministre, fait adopter le fusil Lebel, propose de réorganiser la conscription, met en place le contre-espionnage et améliore les conditions de vie des soldats. Il devient vite très populaire dans l’armée, tout en le restant auprès de l’électorat de gauche en multipliant les déclarations républicaines. Le 14 juillet il est au faîte de sa gloire. Le chansonnier Paulus le célèbre dans sa chanson En revenant de la revue :
Bientôt de Longchamp on foule la pelouse,
Bien vite on s’met à s’installer,
Puis, je débouche les douze litres à douze,
Et l’on se met à saucissonner.
Tout à coup on crie vive la France,
Crédié, c’est la revue qui commence
Je grimpe sur un marronnier en fleur,
Et ma femme sur le dos d’un facteur
Ma sœur qu’aime les pompiers
Acclame ces fiers troupiers,
Ma tendre épouse bat des mains
Quand défilent les saint-cyriens,
Ma belle-mère pousse des cris,
En reluquant les spahis,
Moi, je faisais qu’admirer
Notre brave général Boulanger.

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Attaqué pendant l’été en raison de sa correspondance avec le duc d’Aumale et le prince impérial, dont l’exil vient d’être voté, Boulanger se défend en multipliant les inaugurations et les visites en province au cours desquelles il se fait acclamer en prononçant des discours patriotiques enflammés. À l’automne, son nom est scandé par les participants à un meeting de la ligue des patriotes organisé par Paul Déroulède :
C’est boulange, boulange, boulange, c’est Boulanger qu’il nous faut.

Le gouvernement Freycinet tombe en décembre, mais son successeur, René Goblet, le maintient à son poste. Est-il de droite ou de gauche ? Plus personne ne le sait. En vérité, il est devenu incontrôlable. En avril 1887, l’affaire Schnaebelé (policier français arrêté par les Allemands à la frontière), à la suite de laquelle il multiplie les déclarations va-t’en-guerre, manque tourner au casus belli. Le gouvernement se saborde pour permettre l’éviction de Boulanger. Le nouveau président du Conseil, Maurice Rouvier, nomme à sa place le général Ferron, un homme sans panache.

Naissance du boulangisme

C’est alors que naît véritablement le mouvement boulangiste. Le soir de son « limogeage », une manifestation spontanée de protestation se forme devant l’opéra. Il reçoit le soutien du nationaliste Paul Déroulède, de l’anarchiste Alfred Naquet et du polémiste Henri Rochefort. Le gouvernement décide alors de l’éloigner de Paris et l’envoie à Clermont-Ferrand. Le soir de son départ, dix mille personnes l’accompagnent à la gare et bloquent les voies pendant plus de trois heures.

 À la fin de l’année, le scandale des décorations (trafic organisé par Dabiel Wilson, gendre du président de la République, Jules Grévy) suscite une forte vague d’antiparlementarisme. Boulanger revient à Paris où il prend contact avec le baron de Mackau, chef de file des monarchistes. En janvier 1888, il rencontre en Suisse le prince Napoléon-Jérôme Bonaparte. Il réussit l’exploit de réunir derrière lui des monarchistes, des bonapartistes, des nationalistes, des anarchistes, des radicaux et des socialistes !

Fort de ces soutiens, quoique inéligible parce que militaire en activité, il arrive en tête des scrutins lors d’élections partielles dans de nombreuses circonscriptions. Le gouvernement lance alors une enquête sur ses activités politiques et d’autres manquements au règlement. Il est radié des cadres de l’armée en mars 1888. Il peut désormais briguer un mandat dé député. Il se fait aussitôt élire en Dordogne et dans le Nord et il entre triomphalement à la Chambre, accompagné par des milliers de supporters. Le 13 juillet, il a une altercation avec le président du Conseil, Charles Floquet, qu’il a traité de « pion de lycée ». Les deux hommes se battent en duel. L’avocat de 60 ans bat le ci-devant général de 50 ans.

Sa popularité n’en est pas affectée. Les royalistes, qui cherchent à promouvoir une révision des lois constitutionnelles, voient en lui la marionnette idéale pour affaiblir le camp républicain. Ils se mobilisent pour le soutenir. Il continue de se présenter un peu partout pour asseoir sa légitimité. Le duc d’Orléans et la duchesse d’Uzès financent ses campagnes électorales. En janvier 1889, il se présente à Paris avec un programme en trois points : dissolution de la Chambre, révision constitutionnelle, constituante. Il est élu avec plus de quatre-vingt mille voix d’avance sur son adversaire républicain. Ce soir-là, Georges Thiébaud, militant bonapartiste et fidèle soutien, lui propose de marcher sur la Chambre à la tête des cinquante mille personnes venues l’acclamer. Sûr de sa bonne étoile, il laisse passer sa chance.

Plus dure sera la chute

Son alliance objective avec les royalistes ne peut plus être cachée. En mars 1889, il dîne chez le marquis de Breteuil en présence de l’ambassadeur d’Angleterre. Sa base républicaine et populaire s’éloigne de lui. Le ministre de l’Intérieur Ernest Constans menace de le traduire devant une haute cour de justice. Le 1er avril, il prend la fuite et se réfugie à Bruxelles avec sa maîtresse. Poursuivi pour complot contre la sûreté intérieure, détournement des deniers publics, corruption et prévarication, il est condamné par contumace le 14 août.

Son heure a passé. Ses proches lui restent fidèles, mais le boulangisme ne fait plus recette. Les candidats qui se présentent en son nom sont battus au cours des différentes élections. Un drame personnel rend sa chute plus cruelle. En 1891, sa maîtresse meurt de la tuberculose. Il se donne la mort le 30 septembre sur sa tombe.

Clémenceau dira de lui : il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant.

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