1871 – 1940, la république qui devait être une monarchie…

La IIIe République a vu défiler plus de quarante gouvernements pendant les trente-huit ans qui séparent son adoption définitive en 1876 et la Première Guerre mondiale. La durée de vie moyenne d’un gouvernement dépassait rarement quelques mois, voire quelques semaines. Le gouvernement de Rochebouët n’a duré que vingt jours. Les gouvernements Ferry II (25 mois), Méline (26 mois), Waldeck-Rousseau (35 mois), Combes (31 mois) et Clemenceau (32 mois) font figure d’exception. La IIIe République n’a pas de constitution. Elle se donnera des lois constitutionnelles en 1875, après plusieurs années de bricolage institutionnel.

Un peu d’histoire

Le 4 septembre 1870, deux jours après la défaite de Sedan et la capitulation de l’empereur Napoléon III, le palais Bourbon est envahi par la foule, qui réclame la déchéance de la régente et du gouvernement. Léon Gambetta, député républicain, prend alors la tête des manifestants et les entraîne à l’Hôtel de Ville, d’où il proclame la République. Un gouvernement de Défense nationale est formé… qui ne parviendra pas à rétablir la situation sur le plan militaire. Paris est assiégé et le gouvernement est contraint de négocier un armistice.

La convention d’armistice prévoit l’élection d’une Assemblée nationale, qui, seule, aura la légitimité nécessaire pour signer un traité de paix. Celle-ci est élue en janvier 1871 (scrutin de liste par département). Elle est composée en majorité de députés monarchistes et bonapartistes (396 sur 638). Il faut dire que l’insurrection de Lyon, le 25 septembre 1870, et a tentative de renversement du gouvernement de Défense nationale du 31 octobre, à Paris, a ravivé la peur des « rouges » dans une France qu est restée majoritairement rurale et petite bourgeoise. Il ne fait alors aucun doute que la monarchie sera rétablie. Le prétendant au trône est Henri d’Artois, comte de Chambord, petit fils de Charles X.

Un régime provisoire

En attendant la restauration, il faut parer au plus pressé, c’est-à-dire négocier un traité de paix et expédier les affaires courantes. En l’absence de constitution, on bricole. L’assemblée nomme un « chef de l’exécutif de la République française » en la personne d’Adolphe Thiers. Quels sont ses pouvoirs ? La loi Rivet du 31 août 1871 les définit dans les grandes lignes : il assume la direction du gouvernement et négocie avec les puissances étrangères (autrement dit, avec l’Allemagne). Ses priorités : la répression de la Commune et la ratification du traité de Francfort.

Ce qui ne devait être qu’un régime transitoire, en attendant la restauration monarchique, dure plus longtemps que prévu. Le comte de Chambord se montre intransigeant, il exige l’abandon du drapeau tricolore et le retour à la bannière fleur-de-lysée des Bourbons. Les orléanistes (partisans du comte de Paris, Philippe d’Orléans, petit-fils de Louis-Philippe) sont beaucoup plus réalistes, ils comprennent que cela mettrait le feu aux poudres, dans une France qui sort tout juste de la Commune. La situation est bloquée et on ne voit pas d’issue se dessiner. Cela étant dit, le comte de Chambord est âgé et n’a pas de descendant, il suffit donc d’attendre : le comte de Paris prendra le relais à sa mort et établira une monarchie constitutionnelle. Il convient cependant de donner une assise légale plus solide aux pouvoirs de l’exécutif. La loi de Broglie du 13 mars 1873 est votée à cet effet. Elle stipule, entre autres, que le président de la République, titre donné entre temps au chef de l’exécutif, nomme les ministres et peut dissoudre l’assemblée.

Coup de théâtre en mai 1873 : Adolphe Thiers démissionne. Rien n’est prévu en cas de vacance de la présidence. Comme l’objectif reste toujours de restaurer la monarchie, on se contente de « nommer » son successeur par un vote à la majorité absolue. C’est Patrice de Mac Mahon, monarchiste convaincu, qui est choisi (24 mai 1873). Pour combien de temps ? La loi du septennat du 20 novembre 1873 opte pour sept ans. La désignation d’un éventuel successeur n’est toujours pas envisagée.

Lois constitutionnelles

En 1875, le camp des monarchistes est affaibli, bon nombre des orléanistes se sont ralliés au principe d’une république « conservatrice et sage », pour reprendre la formule de Thiers. Les 24 et 25 février et le 16 juillet 1875 sont votées trois lois constitutionnelles qui établissent définitivement la République française. La nature républicaine du nouveau régime tient à une phrase, introduite par l’amendement Wallon : « Le président de la République est élu par le Sénat et la Chambre. » La durée du mandat n’est pas remise en cause.

Ces lois constitutionnelles établissent un régime parlementaire bicamériste, avec une Chambre haute, le Sénat (300 membres, élus pour partie par les départements et, pour les autres, nommés par l’Assemblée nationale), et une chambre basse, la Chambre des députés, qui sont élus au scrutin uninominal à deux tours, par arrondissement, pour cinq ans et au suffrage universel masculin.

Ces lois donnent au président de la République (désigné par le « congrès », qui rassemble sénateurs et députés à Versailles) un certain pouvoir. Il est le chef des armées, nomme les ministres, peut proposer des lois et dissoudre la Chambre des députés. La crise de 1877 va rebattre les cartes. Les élections de février et mars 1876 ont en effet durement sanctionné les monarchistes et donné la majorité aux républicains, qui ont fait bloc, sous la houlette de Léon Gambetta. Mac Mahon n’admet pas le résultat et entre très vite en conflit avec la Chambre, qu’il dissout, provoquant de nouvelles élections législatives en octobre 1877. Malgré l’action énergique de son Premier ministre, le duc de Broglie, pour renverser le rapport de force, les nouvelles élections confirment la victoire des républicains. En janvier 1879, Mac Mahon perd le soutien du Sénat, qui bascule à son tour dans le camp républicain. Il démissionne et le républicain Jules Grévy lui succède.

Les lois constitutionnelles ne seront pas modifiées (elles seront abrogées en 1940 par le gouvernement de Vichy), mais les successeurs de Mac Mahon ne recourront plus jamais aux droits qu’elles leur confèrent.

Instabilité ministérielle

Le régime qui s’installe est un régime parlementaire. C’est le gouvernement (le Conseil des ministres) qui a le pouvoir exécutif et il est responsable devant la Chambre des députés. La responsabilité est collective : la loi constitutionnelle précise (article 6) que les ministres sont solidaires (hormis pour leurs actes personnels). Le rejet d’une loi présentée par un ministre sanctionne donc le gouvernement tout entier. Il en résulte une forte instabilité ministérielle, car aucun groupe n’a la majorité absolue. La chute du gouvernement ne se joue pas uniquement lors du vote des lois. Bien souvent, elle se produit au moment de celui de l’ordre du jour de l’assemblée. C’est ainsi que, le 12 juin 1899, alors que la veille, la police a chargé avec violence les républicains venus apporter leur soutien au président Émile Loubet, agressé une semaine auparavant à l’hippodrome d’Auteuil, le député Ruau propose l’ordre du jour suivant : « La Chambre, résolue à ne soutenir qu’un gouvernement décidé à défendre avec énergie les institutions républicaines et à assurer l’ordre public, passe à l’ordre du jour. » Charles Dupuy, le président du Conseil en exercice, indique qu’il ne l’accepte pas, considérant que c’est une critique de l’action de son gouvernement. L’ordre du jour est adopté par 321 voix contre 173. Dupuy démissionne.

L’assemblée de 1877

En 1876, comme il a été dit plus haut, l’Union républicaine a remporté les élections. Celles de 1877, convoquées à la suite de la dissolution de la Chambre par Mac Mahon, n’ont pas inversé la tendance. Les républicains ont trois cent treize députés, les bonapartistes cent onze et les monarchistes soixante-treize.

Le chef de file de la majorité républicaine est Jules Dufaure, un orléaniste rallié à la République, mais, dans les faits, son influence est limitée. Le centre, qu’il représente, n’a que soixante-six députés, alors que l’Union républicaine en compte plus de deux cents. À l’extrême gauche commence à se dessiner un groupe qui jouera un rôle important par la suite et qui réunit ceux que l’on appellera les « radicaux ». Ils sont pour le moment peu nombreux : trente-huit.

Il convient, à ce stade, de faire une remarque : il n’y a pas encore, en cette fin du XIXe siècle, de partis politiques constitués. Ils apparaîtront au début du XXe siècle.

La IIIe législature

Les élections de 1881 donnent à nouveau une confortable majorité au bloc des républicains. Le centre a pratiquement disparu. Le jacobinisme de Gambetta (certains disent le caporalisme) suscite cependant l’émergence d’une nouvelle tendance, plus libérale, qui se présente sous le nom de Gauche républicaine et qui dame le pion à l’Union républicaine (cent soixante-dix-huit députés contre cent cinquante-quatre). Jules Ferry en est le chef de file. Aucun de ces deux groupes n’a la majorité absolue, mais la disparition de Gambetta en 1882 va permettre à la Gauche républicaine de s’imposer (gouvernement Ferry II). Au demeurant, les deux groupes finiront par fusionner pour former le groupe de l’union des Gauches. Les radicaux, quant à eux, font une percée notable : quatre-vingt-quatorze députés. Georges Clémenceau commence à faire parler de lui.

Cette IIIe législature est fondatrice dans l’histoire de la IIIe République. En juillet 1881 est votée une loi qui instaure la liberté de la presse. En 1882 et 1883 sont votées les lois qui rendent l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants, garçons et filles, de moins de 13 ans. En 1884, la loi Waldeck-Rousseau reconnaît le droit syndical. La même année, le divorce pour faute est réintroduit dans le Code civil. Mais c’est aussi au cours de cette législature que le gouvernement définit un programme ambitieux et cohérent de colonisation au nom d’une prétendue mission civilisatrice de la France…

Républicains opportunistes et radicaux

En 1885, l’Union des gauches (aussi appelée groupe des Républicains opportunistes) est de loin le groupe parlementaire le plus influent (deux cent dix-neuf députés). Son repositionnement au centre est maintenant évident. Pas suffisamment pour un certain nombre de députés qui se regroupent au sein du très conservateur groupe des Progressistes de Jean Casimir-Périer, Charles de Freycinet et Jules Méline. À gauche de l’hémicycle, le groupe des radicaux se renforce. Cette législature va connaître une grave crise. En 1887, le président de la République, Jules Grévy, est contraint à la démission, en raison de l’implication de son gendre dans un trafic de décorations. Il est remplacé par Sadi Carnot. En 1888, une vague d’antiparlementarisme manque de renverser la République. Elle est personnifiée par le général Boulanger.

En 1889, l’Union des gauches, au sein de laquelle le groupe des Progressistes est largement prépondérant, maintient quand même sa prééminence, mais l’union des droites (boulangistes, monarchistes et bonapartistes) profite de la vague d’antiparlementarisme et obtient deux cent douze députés. Les radicaux, quant à eux, en ont 126, mais ils n’occupent plus les sièges les plus à gauche de l’hémicycle. Les socialistes de Jules Guesde font leur entrée à l’Assemblée ! Nouvelle série de crises : le scandale de Panama tout d’abord, puis les attentats anarchistes (Ravachol, Vaillant) qui débouchent sur une restriction de la liberté d’expression (lois scélérates).

Républicains progressistes

En 1893, les Républicains de gouvernement (issus d’une scission de l’Union des gauches) et les Progressistes font bloc sous la houlette de Jean Casimir-Périer. Les radicaux ont désormais cent soixante-six élus et les socialistes quarante et un. C’est au cours de cette législature que Jules Méline va présider le conseil des ministres pendant 26 mois. Le secret de sa longévité : au besoin, il va pêcher à droite les voix qui lui font défaut dans l’arc républicain. Cette législature est marquée par l’affaire Dreyfus. Si la condamnation du capitaine fait l’unanimité lorsqu’elle est prononcée, les différentes révélations vont très rapidement conduire à une profonde division, y compris au sein des progressistes. Autre fait marquant : l’assassinat, en 1894, du président de la République, Sadi Carnot, par un anarchiste italien. Il est remplacé par Jean Casimir-Périer, qui démissionne au bout de sept mois pour laisser la place à Félix Faure.

En 1898, la division du camp progressiste est consommée. Les Républicains progressistes (Méline, Dupuy) sont résolument anti-dreyfusards, tandis que l’Union progressiste, d’abord simplement révisionniste (pour la révision du procès) par respect de la légalité, va progressivement basculer dans le camp dreyfusard. Les radicaux, qui ont pris résolument parti pour le capitaine, représentent désormais une force sur laquelle il faut compter pour former un gouvernement (183 élus), tandis que les socialistes consolident leur position (55 élus). Méline, qui a soutenu la position de l’État-major dans l’affaire Dreyfus, doit céder la place à Henri Brisson, mais celui-ci ne tient que trois mois. Il est remplacé par Charles Dupuy (novembre 1898), à qui la Chambre donne le mandat de faire respecter l’armée.

L’affaire Dreyfus suscite une agitation antiparlementaire, entretenue par les ligues d’extrême droite (ligue des patriotes, ligue antisémite), qui met en péril la République. Le 23 février 1899, Paul Déroulède, fondateur de la Ligue des patriotes, tente un coup d’État à la suite de la mort du président de la République, Félix Faure, et de l’élection d’Émile Loubet pour lui succéder. Le même Émile Loubet est agressé à coups de canne à l’hippodrome d’Auteuil le 4 juin. Charles Dupuy ne prend pas la mesure du basculement qui s’est opéré dans l’opinion. La répression de la manifestation de soutien à Émile Loubet du 11 juin 1899 scelle sa chute. Émile Loubet fait appel pour le remplacer à Pierre Waldeck-Rousseau. Celui-ci forme un gouvernement de défense républicaine, qui va d’Alexandre Millerand, socialiste indépendant, au général Gallifet, qui a pris une part active dans la répression de la Commune. Waldeck-Rousseau prône l’apaisement. Son gouvernement dure 35 mois, un record sous la IIIe République. C’est lui qui demande la grâce du capitaine Dreyfus au président Émile Loubet. C’est aussi lui qui présente au Parlement la fameuse « loi de 1901 » qui consacre la liberté d’association.

Le tournant de 1902

C’est en 1902 que s’opère le grand basculement. Les Progressistes, affaiblis par l’affaire Dreyfus, perdent plus de 100 sièges. Le Bloc des gauches, qui va des socialistes à l’Alliance républicaine et démocratique (ARD) de Pierre Waldeck-Rousseau, gagne les élections. Les radicaux, avec 233 élus, deviennent le groupe le plus important de l’Assemblée. Leur chef de file est Émile Combes, qui reste Président du conseil 31 mois ! C’est son gouvernement qui prépare la loi de séparation des Églises et de l’État (dont le rapporteur est Aristide Briand), qui ne sera présenté à la Chambre qu’après sa chute.

Ces années-là voient une innovation : la création des partis politiques, qui se substituent aux groupes parlementaires, qui n’avaient pas de réelle base militante. Parti socialiste (SFIO : Section française de l’Internationale ouvrière), PRRS (Parti radical et radical-socialiste), ARD (Alliance républicaine et démocratique, centriste), ALP (Alliance libérale populaire, droite chrétienne), Fédération républicaine (ex-progressistes), PN (Parti nationaliste).

En 1906, les radicaux se divisent, Sarrien affronte Clemenceau, qui a opéré un virage au centre. Le pouvoir reste néanmoins entre leurs mains. Ce sont eux qui font et défont les ministères. 1906, c’est aussi la première fois que les socialistes se présentent sous l’étiquette de la SFIO. Ils sont emmenés par Jean Jaurès. À la tête de l’État, Armand Fallières succède à Émile Loubet.

En 1910, Émile Combes refait l’unité du parti, Clemenceau est mis sur la touche, mais le virage centriste, voire droitier, des radicaux est pris. À gauche, la SFIO remporte 75 sièges sur la base de mots d’ordre pacifistes et internationalistes. Aristide Briand, un temps proche des socialistes, fait bande à part. Son mouvement, les Socialistes indépendants, comptent 24 élus. Aristide Briand va devenir un acteur incontournable de la vie politique française jusqu’à sa mort en 1932. En 1913, c’est Raymond Poincaré qui succède à Armand Fallières au poste de président de la République.

Les dernières élections législatives avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale ont lieu en avril et en mai 1914. Les radicaux sont à nouveau divisés (192 députés pour les radicaux-socialistes de Gaston Doumergue, 66 pour les radicaux indépendants de Georges Clemenceau), mais ils continuent de faire la pluie et le beau temps. La SFIO de Jaurès compte 102 élus, elle est à son apogée. 

Et l’opposition ?

Qu’en est-il de l’opposition à la République ? En 1876, elle est divisée entre monarchistes (78 sièges) et bonapartistes (75). Même scénario en 1881 (97 et 111). De Broglie est le chef de file des monarchistes, Rouher celui des bonapartistes. En 1885, monarchistes et bonapartistes font bloc avec une troisième composante naissante, les nationalistes. Le baron de Mackau prend la tête de ce bloc antirépublicain.

Cette législature est traversée par la crise boulangiste. L’antiparlementarisme est à son apogée. En 1889, l’Union des droites remporte 206 élus derrière la bannière du général Boulanger, au sommet de sa popularité. Sa fuite à Bruxelles fait retomber le soufflé. L’encyclique « Au milieu des sollicitudes », publiée par le pape Léon XIII en 1892 et qui appelle les catholiques à se rallier à la République, sème la confusion. Une partie des voix des conservateurs se reportent sur les Progressistes : Méline ne se fait-il pas le chantre de la ruralité ? En 1893, les monarchistes emmenés par Albert de Mun ne remportent que 88 sièges et les nationalistes 14. Résultat sensiblement équivalent en 1898 (92 et 14).

En 1902, les grandes figures du monarchisme ont passé la main. L’Alliance libérale populaire (ALP) de Jacques Piou défend un conservatisme centré sur les valeurs catholiques et qui se veut social. L’ALP obtient 89 sièges et le Parti nationaliste de Paul Déroulède 35. La restauration n’est plus à l’ordre du jour, même si le mot d’ordre a été repris par la Ligue d’Action française, fondée en 1905. La question religieuse occupe désormais le devant de la scène, avec la discussion de la loi sur la séparation des Églises et de l’État qui occupe toute l’année 1905.

Les élections de 1906, 1910 et 1914 voient la droite et le centre droit se structurer autour de trois partis. La Fédération républicaine d’Alexandre Ribot se construit sur les ruines du Progressisme. Sa dérive droitière laisse la place à une formation de centre droit, l’Alliance démocratique de Louis Barthou, issue de l’ARD de Pierre Waldeck-Rousseau (mort en 1904), qui a pris ses distances avec les radicaux. L’ALP de Jacques Piou conserve son indépendance. Le Parti nationaliste de Déroulède disparaît.

Naissance du Parti socialiste

La répression de la Commune a décapité le mouvement ouvrier qui peinera à se reconstituer. Ce n’est qu’au début des années 1880 (après la loi d’amnistie qui permet le retour de certaines grandes figures du mouvement) que différents groupuscules vont se former. Trois grandes tendances vont émerger. Une tendance qui donne la primauté à la lutte syndicale, une autre, sous l’égide de Jules Guesde, qui adopte une vision marxiste de la « lutte des classes » et une troisième que nous pourrions qualifier de réformiste si ce terme n’était pas anachronique (les « socialistes indépendants », dirigés un temps par Alexandre Millerand).

En 1901, guesdistes et « réformistes » s’opposent et se constituent en partis politiques (le Parti socialiste français et le Parti socialiste de France). Mais la confusion fait perdre des sièges aux socialistes et Jean Jaurès œuvre pour l’unification des deux partis. C’est chose faite en 1905, avec la création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO).

La tendance prônant la primauté de la lutte syndicale, quant à elle, a donné naissance en 1895 à la CGT (Confédération générale du travail), qui défendra longtemps une ligne dite anarcho-syndicaliste, reprenant les idées défendues par Bakounine (avènement d’une société anarchiste par le moyen de la grève générale expropriatrice).

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