Salon Libre Livre, à La Rochelle

Je serai au salon Libre Livre, organisé par l’association C-Malin, dans la salle de l’Oratoire à La Rochelle, les 11 et 12 octobre prochains. J’y présenterai et j’y dédicacerai mes deux derniers livres, Le Chaudron des Illusions et La Taverne du Bagne, Paris 1893. J’amènerai également quelques exemplaires des précédents, Folles années, le difficile art d’aimer et Folles années, banalité de la haine, ainsi que Sur un air de mazurka et La Poulette et le Boulanger.
 
L’association C-Malin est une organisation à but non lucratif, à l’initiative de nombreux événements en Charente-Maritime, comme ce salon du livre et la récente exposition de créateurs régionaux à La Pallice.

Pourquoi La Rochelle, me direz-vous, vous qui êtes nordiste de naissance et antonien de résidence ? C’est que je suis aussi un peu rochelais, le temps de trop courts séjours dans notre appartement non loin du parc Delmas, d’où nous entendons les clameurs du stade Deflandre les jours de match (c’est plus ce que c’était, les gars, faut vous ressaisir !), et que j’éprouve toujours le même plaisir à parcourir à pied la corniche en direction de Chef-de-baie ou à pousser à vélo jusqu’à Aytré, en passant par Les Minimes.
Et, pour un amoureux de l’histoire, La Rochelle est une étape incontournable, avec ses tours et ses arcades qui témoignent d’un passé héroïque – le siège –, tragique – les quatre sergents – ou sombre – la traite négrière. Peut-être, un jour, écrirai-je un roman dont l’action se déroulera à La Rochelle ? Je tremperai alors, très humblement, ma plume dans l’encrier de Dumas, qui a situé l’une des scènes des Trois Mousquetaires lors du siège de la ville par Richelieu. Ou de Simenon (9 romans et nouvelles rochelais).

La Rochelle à la Belle Époque

Que pourrait être l’intrigue d’un roman, ou d’un polar, ayant pour cadre La Rochelle à La Belle Époque ?

Il y a peu de traces architecturales de cette période et c’est heureux, la ville a su préserver le patrimoine laissé par les siècles précédents. Il y a, bien sûr, le Café de la Paix, place de Verdun, réaménagé autour de 1900, la villa Alsace, rue Jeanne d’Albret (~1910) et la gare (1906). La Rochelle serait-elle passée à côté des transformations qui ont bouleversé le pays à partir de la deuxième partie du XIXe siècle ? La réponse n’est pas si simple. Essayons d’y voir plus clair.

La Rochelle, pendant l’époque dite moderne (fin du Moyen Âge, fin du XVIIIe siècle), était avant tout un port. Sa richesse provenait du trafic avec les colonies outre-Atlantique (la Nouvelle-France). On estime que plus de la moitié de ce trafic transitait par le Vieux-Port : café, sucre, cacao, fourrures du Canada… Si un bon nombre des bateaux repartaient directement, avec leurs cales chargées de blé, de vin, de viande séchée, de tissus et de produits manufacturés, d’autres faisaient un détour par les côtes africaines. La traite négrière a enrichi bon nombre d’armateurs rochelais. Les guerres napoléoniennes et le blocus continental vont donner un coup d’arrêt brutal à ce commerce. À titre de compensation, l’Empereur transfèrera la préfecture des Charentes de Saintes à La Rochelle. Maigre consolation.

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Ironie de l’histoire, c’est sous le Second Empire que la ville se réveille. Le chemin de fer en provenance de Paris arrive à La Rochelle en 1857. C’est la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans qui en a la concession. Elle inaugure, pour l’occasion, une première gare, en cul-de-sac. Le réseau se diversifie au cours des années 1860, sous l’impulsion de la Compagnie des Charentes, qui construit une autre gare, desservie par la ligne La Roche-sur-Yon – La Rochelle, puis par la ligne directe La Rochelle – Rochefort.

L’arrivée du chemin de fer va stimuler l’économie de la belle endormie. Son insertion dans le réseau en pleine croissance relance l’activité portuaire. En 1867, la compagnie maritime Delmas voit le jour et la construction d’un nouveau port en eau profonde est décidée l’année suivante, dans le secteur connu aujourd’hui sous le nom de La Pallice. Il sera inauguré en 1890, par le président de la République, Sadi Carnot. En 1896, des trains directs spéciaux sont mis en place depuis Paris pour desservir les paquebots en partance pour les ports outre-Atlantique. En 1901, le tramway avait fait son entrée dans la ville, reliant le quartier de Tasdon à la Pallice, en passant sous la Grosse Horloge. C’est en 1906 qu’est lancée la construction de la gare actuelle, avec son imposant bâtiment destiné au trafic des voyageurs et son orgueilleux campanile de quarante-cinq mètres de haut ! Il faut dire que le tourisme balnéaire s’est considérablement développé (Fouras, Châtelaillon-Plage).

Un polar dans le milieu des cheminots ? Pourquoi pas ? Pendant la Première Guerre mondiale, les Américains vont faire de la ville une plaque tournante pour la distribution du matériel acheminé par le port de La Pallice. Ils construisent une usine de matériel ferroviaire : c’est l’ancêtre de l’usine Alstom, qui produit aujourd’hui des pièces du TGV et de métros de nouvelle génération.

Une autre piste consiste à s’intéresser au milieu de la pêche, en particulier à la pêche morutière. En 1900, on comptait une quarantaine de morutiers, important entre trois mille et quatre mille tonnes de morues à La Rochelle, séchées sur place (sécherie Lagarde et Cie à Périgny). Le développement de cette activité est consécutif à la création d’un bassin à flot à La Pallice, en 1891, avec toutes les commodités pour accueillir des chalutiers à vapeur, cuves à mazout, cales sèches, entrepôt frigorifique. La pêche traditionnelle depuis le Vieux-Port reste également très vivace – merlus, colins, raies, sardines.

Et n’oublions pas le transit vers l’île de Ré, et plus exactement la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, passage obligé pour tous les condamnés aux travaux forcés en partance pour la Nouvelle-Calédonie, de 1873 à 1897, puis pour la Guyane. Ils embarquaient à La Rochelle sur un petit « vapeur », avant de patienter pendant des semaines ou des mois dans l’austère citadelle construite par Vauban. La grande traversée durait ensuite entre trois et cinq mois. De nombreux communards sont passés par là, ainsi que le capitaine Alfred Dreyfus.

À bientôt, au salon !

Alors, Rochelais, Charentais ou visiteurs occasionnels, passez me voir, pour tailler la bavette, parler de la pluie et du beau temps, de votre ville, du prix exorbitant du raisin chasselas sur les marchés, du roman historique en général ou de tout autre sujet. C’est sans obligation d’achat !

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