Antenne dans une minute, je cours, je cours, des couloirs, des escaliers, un homme pressé me bouscule, je ramasse mes papiers épars sur le sol, antenne dans trente secondes. Quand j’arrive dans le studio, le générique est déjà lancé, Pivot me jette un œil goguenard, je suis décoiffé, en sueur quatre mille six cent vingt-troisième édition d’Apostrophes, pourquoi me regardent-ils tous ?
Jean d’Ormesson, Amélie Nothomb avec son chapeau sur la tête, Bukowski complètement pété, Alfred Bougnard, ma boulangère de la rue de l’Église, Mme Trappenard, qui donne le sein au petit Augustin, je suis en pyjama à rayures verticales bleues et blanches, que va dire maman quand elle me verra ? vous inquiétez pas, y a pas la télé, là-haut, le dit Beigbeder, ah bon ? ils ne captent pas ? pourtant, avec les satellites d’Elon Musk, j’aurais cru, monsieur Devred, monsieur Devred, c’est bientôt à vous.
Je cligne des paupières, elle a de la classe, la salle Mazarin du Palais ducal de Nevers. Je me lève, je suis Mme M. dans la salle Henriette de Clèves, je ne suis plus en pyjama, mais j’ai gardé mes charentaises, le président du jury m’accueille sur l’estrade, je suis ébloui par les spots et les caméras du monde entier sont braquées sur moi. Le président me serre la main, Miss Nivernais me fait la bise, elle ressemble trait pour trait à Louise-Marie de Gonzague, c’est fou ! en plus chic, peut-être, tailleur Saint-Laurent, parfum Caresse de printemps de Lancôme, ou de Gucci, je ne suis pas un spécialiste, elle a des yeux verts et un visage d’ange.
C’est à moi de parler, pas le moment de se laisser décontenancer. Je dois d’abord dire que je ne m’y attendais pas du tout, que je suis très ému, et c’est vrai, et ensuite je dois remercier, remercier et encore remercier, mon éditeur, bien sûr, pour ses efforts immenses pour me faire connaître, non, ça j’ai barré, on coupera au montage ; le libraire au coin de la rue Mounié, très sympa, je vous le recommande, pas comme l’autre… ça aussi, j’ai barré, c’est un métier difficile, s’il fallait s’occuper des auteurs locaux, on n’aurait pas fini ; Hélène, qui corrige tous mes manuscrits, et y a du boulot ; Marie-Claire, mon épouse, qui supporte ma manie d’écrire ; le club de marche nordique du jeudi matin ; et toute l’équipe du tournage sans laquelle ce roman n’existerait pas, Jules, le Moulinois idéaliste, la dévouée Éléonore, à cette époque-là, la vie des femmes n’était vraiment pas drôle, la sublime Delphine, Pauline, à qui je fais supporter bien des malheurs, Marius, le seul personnage masculin réellement positif avec Fernando, l’ami fidèle, la petite Eulalie, et tous les autres, la sulfureuse Blanche, la pétillante Roussette, l’odieux Puymorens, Dufour, de La Touche, l’affreux Maurice, la grosse Nini… que de personnages ! mais c’est la vie, les romans à trois personnages, c’est pas la vie, ou alors, ça doit se passer dans une cabine téléphonique, les jeunes peuvent pas comprendre, disons dans la capsule Artemis, avec l’auteur qui occuperait la quatrième place. N’empêche, un levé de Terre sur la Lune, ça doit avoir de la gueule, non ?
Tout ça pour dire que ce Prix « Nevers, Cité littéraire », pour mon roman Le Chaudron des Illusions, publié aux Éditions MVO, 320 pages pour 20€ (ça fait pas cher la page), ça me fait rudement plaisir ! Merci aux organisateurs de ce salon et merci au jury qui m’a sélectionné !
Quelques mots du roman…
Oui, on est là pour ça. Un peu d’autopromotion, ça peut pas faire de mal. Pour ceux qui ne l’aurait pas lu et qui serait intéressé.
1866, Paris est un chaudron bouillonnant dans lequel les fortunes se font et se défont en un jour à la Bourse. À la tête d’une compagnie de travaux publics, Jules Boisrenard s’est lancé dans la spéculation immobilière qui se déchaîne depuis que le baron Haussmann a lancé de grands travaux d’embellissement de la capitale. Adolescent, il rêvait de devenir un grand financier et de mettre sa fortune au service de l’humanité, mais, conseillé par un financier aux méthodes douteuses, il est pris dans une spirale infernale qui l’entraîne à emprunter toujours plus.
Acculé, il fait appel à son cousin pour éviter la faillite. Celui-ci lui impose ses conditions. Un drame se produit lors d’une réception donnée pour fêter la renaissance de la compagnie. C’est le scandale, Jules doit se retirer au profit de son cousin qui se frotte les mains. Il comprend alors qu’il n’était qu’une marionnette entre les mains de ceux qui, désormais, tirent profit de la compagnie et que sa course effrénée pour amasser une fortune est la cause du malheur des siens.
La deuxième partie du roman montre comment Boisrenard va se venger, lors de l’Exposition universelle de 1867, de ceux qui se sont servis de lui, d’une manière qui n’est peut-être pas tout à fait légale, mais la seule légalité reconnue dans la société du Second Empire est celle du succès.
Le Chaudron des Illusions est un roman historique dans lequel la société du Second Empire apparaît pour ce qu’elle est : un monde de faux semblants ; derrière la fête continuelle, se trament de sordides intrigues dont chacun tente de retirer le maximum de profit. Comme le dit Éléonore, l’épouse de Jules, cet empire est un « demi-empire », comme on dit du monde des cocottes que c’est un demi-monde.
Mais, bien plus que les événements, ce sont les personnages qui font la force et la richesse de ce roman, des personnages dont les destinées s’entrecroisent : Jules et Delphine, Marius et Pauline, Blanche et Maurice. Chacun a sa personnalité propre et doit composer avec les codes de l’époque : Éléonore, l’épouse modèle, Fernando, l’ami fidèle, la Roussette, la comédienne en quête d’un protecteur, Melle Desmarets, la jeune femme indépendante…
En vente dans toutes les bonnes librairies (sur commande, le plus souvent), sur le site de l’éditeur, www.mvoeditions.com, ou sur les plateformes de vente en ligne habituelles.



