Victor Hugo et le dirigeable, manuscrit en quête d’éditeur

— M… On va tous y passer, dit l’instit.

Joseph ne répondit pas. Il avait le nez dans la caillasse, le froid mortel de la terre gelée le mordait au travers de sa capote. Le canon tonnait sans discontinuer du côté de Beaune-la-Rolande, ça faisait comme une sorte de roulement, entrecoupé par le staccato d’une mitrailleuse et les claquements secs des fusils Dreyse. Les balles sifflaient comme un vol de guêpes affolées. Cloué au sol, à cent mètres des premières bâtisses de Juranville. Quelle connerie, cette attaque ! Sans artillerie, alors que les Pruscos pouvaient s’abriter derrière des murets ou tirer depuis le couvert des maisons ! Tout ça pour que le colonel puisse attacher une nouvelle breloque au revers de son uniforme ? Joseph avait la rage au cœur. Il était là parce qu’il avait tiré un mauvais numéro, mais il y avait cru, à l’élan patriotique, aux déclarations de Gambetta, au sursaut pour défendre la patrie. Tu parles…

28 novembre 1870, Beaune-la-Rolande. Ce jour-là, les espoirs suscités par la victoire de l’armée de la Loire devant Orléans se sont envolés. Et si… Et si les choses s’étaient déroulées autrement ? Et si, dans un effort désespéré, l’armée française avait bousculé les Prussiens et brisé l’encerclement de Paris ?

Uchronie ?

Victor Hugo et le dirigeable est un roman d’un genre un peu particulier. Il a tout d’un roman historique, puisque l’action se déroule dans le Paris de la fin du XIXe et du début du XXe siècle et que j’ai attaché une grande importance à la restitution du cadre et de l’ambiance de l’époque, mais, dès la fin du premier chapitre, l’histoire prend une autre direction que celle que nous connaissons.

Pourquoi m’être lancé dans cette aventure, un peu casse-gueule, il faut le reconnaître ? Pas pour le plaisir de faire voler des engins supersoniques dans le ciel de Paris à la Belle Époque : je me contente de dirigeables. J’y suis venu après avoir écrit plusieurs romans sur cette période (Belle Époque, Expositions universelles ; Belle Époque, la fin des illusions ; Le Mystère des carnets volés ; Sur un Air de mazurka ; La Poulette et le Boulanger ; La Taverne du bagne) et le Second Empire (Le Chaudron des Illusions). Cette période me fascine, elle est fondatrice de la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Je suis également frappé de voir que l’écho des grands débats qui ont déchiré le pays sous la IIIe République continue de résonner aujourd’hui : populisme, antisémitisme, laïcité… Ces échos montrent que rien n’est jamais vraiment réglé. La IIIe République n’est-elle pas née, d’une certaine manière, par inadvertance, l’assemblée élue en 1871 étant, dans sa grande majorité, favorable à une restauration monarchique ?

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Le livre, symbole de la civilisation humaniste

C’est ce qui m’a poussé à m’engager dans la rédaction de ce roman. J’ai voulu « tester » une autre voie et voir comment des personnages « ordinaires » (Aurélien, le mécanicien, Lucienne, la vendeuse, Nadia, la militante socialiste, Alice, la danseuse de cabaret…) auraient réagi si les événements avaient donné raison à ceux, nombreux à l’époque, qui combattaient vigoureusement le régime parlementaire. Une voie que certains sont prêts à suivre aujourd’hui. Dans Victor Hugo et le dirigeable, la France n’a pas perdu la guerre contre la Prusse. Elle ne l’a pas gagné non plus, match nul, dirions-nous aujourd’hui, mais la République n’a pas triomphé : le vainqueur de Beaune-la-Rolande, Napoléon-Jérôme Bonaparte, a mis en place un régime autoritaire, une république plébiscitaire à l’image de celle que Paul Déroulède voulait instaurer à la fin du XIXe siècle.

Comment caractériser un tel régime ? Un roman n’est pas un traité de sociologie ni un essai politique. Il doit suggérer, pas assener. On ne doit pas, à chaque page, entendre résonner les gros sabots de l’auteur. Après mûre réflexion, il m’est apparu que « le livre » et sa libre diffusion devaient être au cœur de l’intrigue. Le livre (et plus particulièrement la fiction romanesque) n’est-il pas le symbole de notre civilisation humaniste ? Le roman est porteur d’ouverture, il apprend la nuance, il rend lisible/visible la complexité, il incite à la réflexion… Tous les régimes autoritaires n’ont-ils pas cherché à exercer un contrôle très strict sur ce qui était publié ? Certains états ultraconservateurs américains n’ont-ils pas expurgé les bibliothèques de livres jugés séditieux (Orwell, Margaret Atwood…) ? L’Algérie n’a-t-elle pas jeté en prison un écrivain, Boualem Sansal, pour la seule raison qu’il évoquait dans ses livres des sujets insupportables au régime ? Chez nous, des librairies ne sont-elles pas la cible d’extrémistes de tout poil qui cherchent à imposer leur censure ?

Un roman qui peut se lire au premier degré

L’idée m’est alors venue de construire le roman avec, en toile de fond, la chasse aux livres jugés séditieux par la police du régime et la contrebande de ces livres – dont Les Misérables de Victor Hugo – dans la soute d’un dirigeable assurant la liaison entre Paris et Amsterdam. Je dis bien toile de fond, il était essentiel, pour moi, que le roman puisse se lire au premier degré pour conserver la force évocatrice (subversive) d’une fiction. Victor Hugo et le dirigeable, c’est l’histoire d’un jeune homme, Aurélien, envoyé au bagne pour avoir aidé Nadia, une opposante au régime autoritaire instauré par Napoléon-Jérôme Bonaparte, et qui en revient profondément marqué. Désireux de ne plus jamais se mêler de politique, il se trouve néanmoins impliqué, à son corps défendant, dans un trafic de contrebande de livres et va devoir choisir son camp.

Mais c’est aussi une histoire d’amour, à laquelle des scènes en Nouvelle-Calédonie apportent un parfum d’exotisme, l’évasion de Nadia en dirigeable, un soupçon d’aventure, l’histoire d’Alice, la danseuse de cabaret amoureuse d’Aurélien, un aperçu de la condition féminine à l’époque, et la visite officielle du roi Alphonse XIII, un air de fête. J’avais exploré, dans mes autres romans, la période qui va de 1870 à 1914 et je me suis servi de cette expérience pour éviter tout anachronisme (si l’on excepte les liaisons par dirigeable et la radio-transmission), ce que m’ont confirmé deux professeures d’histoire qui ont relu le manuscrit. J’ai construit le récit sous la forme d’une narration. Le « narrateur », pris dans le tourbillon des événements, écrit « à chaud » depuis Amsterdam, où il a dû s’exiler à la suite des bouleversements déclenchés par la découverte du trafic de livres. Il ignore la tournure que vont prendre les événements. Il propose donc deux épilogues, l’un optimiste (happy end), l’autre très pessimiste.

Appel à éditeur

Voici, résumée en quelques mots, la genèse de ce livre. J’ai conscience qu’il est quelque peu inclassable : ni roman historique ni roman à thèse ni complètement uchronique… J’aimerais qu’il soit perçu à la fois comme un objet littéraire et comme un plaidoyer pour la littérature.

Je suis aujourd’hui à la recherche d’un éditeur prêt à me soutenir dans cette aventure. Le manuscrit est finalisé, je l’ai fait relire par plusieurs personnes et corriger par une correctrice professionnelle. Il fait environ 360000 caractères, espaces compris. Je cherche un éditeur sérieux, je ne me lancerai pas dans une édition à compte d’auteur. Si vous êtes intéressé, envoyez-moi un message, je vous transmettrai le manuscrit pour que vous puissiez juger sur pièce.

Merci par avance pour vos réponses.

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